L'ENTRETIEN DES CHOSES MORTES
Publication en micro-édition (50 copies)
Disponibles via l'artiste et à la librairie Point de suspension au Centre Bang (Chicoutimi).
Merci aux centres SAGAMIE et Axeneo7.
Ma pratique se déploie entre photographie numérique et analogue, entre l’image et
l’objet. Je privilégie des méthodes hybrides impliquant, entre autres, le Polaroïd, la
scanographie et la postproduction. Détournant les codes de la photographie classique,
mes photographies ne sont pas « prises » mais fabriquées. Elles se construisent
méthodiquement en caméra ou sous forme de collages digitaux.
Par un usage non traditionnel du médium, tels que la provocation de flou, d’incohérence
spatiale, d’expositions multiples, de distorsion et d’hybridation, je crée des images
photographiques visuellement complexes dont les référents se situent quelques parts
entre réalité et imaginaire. Cette approche, qui va à l’encontre des règles établies,
m’offre la liberté d’ouvrir le champ des possibilités visuelles, esthétiques, sensorielles et
conceptuelles. Elle me permet également de questionner le rapport instable entre
l’image et le réel, tout en construisant des récits visuels mouvants à partir de mon
expérience du monde.
Chaque œuvre devient alors une métamorphose : ce qui est représenté se déforme, se
recompose, se réinvente, révélant des zones de fragilité, de rupture et d’ambiguïté. En
mêlant techniques et matières, j’explore la tension entre l’organique et l’informatique, et
par extension la manière dont nos parcours humains se redéfinissent dans cet espace
hybride qui se veut de plus en plus influent dans nos vies.
Mon processus nourrit un rapport intime et presque manuel au numérique. Je travaille
l’image comme je travaillerais une matière : avec patience, minutie et répétition. Cette
dimension artisanale fait écho à la sensibilité pour l’ouvrage tactile que j’ai héritée des
femmes de ma famille — courtepointes, broderies, couture, etc. En reliant les
technologies contemporaines à la logique de l’atelier, je me construis un ancrage où le
numérique devient un espace de création sensible et habité, plutôt qu’un simple outil
technique parmi d’autres À une époque où les images se forment, circulent et se
consomment à toute vitesse, je continue de croire que la photographie peut demeurer
un espace d’innovation réfléchie, où la subjectivité et le geste de l’artiste continuent de
résister à l’automatisation complète des images.
Ma démarche s’organise autour de projets thématiques, parfois symboliques. La nature
morte occupe une place centrale dans mon travail; la fleur devient un motif qui me
permet de positionner mes réflexions vis-à-vis des enjeux parfois intimistes, parfois
politiques. À cet effet, je crée un jardin de fleurs dans ma cour à chaque période estivale
afin d’y cultiver ma matière première; la sélection des plants reflète directement les
sujets qui me préoccupent. Cet espace botanique naît ainsi d’une pratique fondée sur la
lenteur et la patience, en réponse à l’hyperstimulation écranique. C’est le point de départ
des liens que je tisse entre le geste manuel, le vivant et l’image photographique.
AM Dumouchel a développé sa pratique artistique entre Ottawa, Gatineau et Montréal. Elle est titulaire d'une maîtrise en arts visuels de l'Université d'Ottawa et enseigne l'art dans diverses institutions.
Elle vit et travaille à Gatineau, Québec.
